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Posts de blog retirés


 Lorsqu'un post de blog est retiré, le texte qui l'accompagnait figure ici.




Dix-neuf monuments

Monument est emprunté au latin, "monumentum", de "monere", "faire penser à". Le monument doit comporter un indice (nom, objet, image) faisant "penser à", rappelant le souvenir de. L'indice doit être lisible - reconnaissable - par tous ceux à qui il s'adresse.


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Setembre

Setembre se tient sur le seuil, le visage (les yeux) levé(s) au ciel zébré de traces comme les laisserait une gomme sur une vitre, au passage d'une pensée (d'une chose) à effacer (un avion, par exemple)

L'automne se niche dans les détails: la sueur tardive d'une rose au froid du petit matin

Setembre s'est creusé là où personne ne viendra le chercher: sous le thorax d'une colline. La nuit des organes, le vent des instruments (hautbois, cor, clairon) est passé de sa bouche à l'autre, avec le goût sanglant des baies, des engelures: au creux
des papiers, le ciel, froissés maintenant, le jour, la splendeur du seuil.


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What is it exactly that you want to know ?

Se promener dans la forêt d'images (ou Forêt du Tautotes) c'est élaborer (pas à pas) des réponses aux questions fondamentales (lesquelles reposent en-deçà, devant la grande plaine lunaire traversée par un fleuve si large qu'on croirait une mer). Par exemple: eh bien non, l'image photographique n'est pas une image, mais un formulaire.


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Le jardin de Poliphile

Il me semblait que je me trouvais dans une plane spacieuse, semée de fleurs et de verdure. Le temps était serein; le soleil clair et adouci par un vent gracieux; tout y était merveilleusement paisible et silencieux.
Pourtant, j'étais saisie d'une admiration craintive, car je en voyais aucun signe de présence humaine, ni même de bêtes, ce qui me fit hâter le pas, regardant çà et là. Mais je ne pouvais rien voir d'autre que des feuilles et des rameaux qui ne bougeaient pas. 

d'après Francesco Colonna, "Hypnérotomachie de Poliphile".


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Monuments

Menus moments dans le jardin d'hiver - déambulatoire moiré - "Les jardins diffèrent selon les conditions, mais il n'existe pas de règles fixes, aussi ne peuvent-elles pas être consignées pour être transmises" (Zheng Yuan Xun)


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Short trip to China

Cette nuit le livre m'a lu la Chine - j'ai tourné une à une les échines du dragon. Le fleuve est en crue; l'air, nocturne; les loupiottes des pêcheurs vacillent dans le lointain (des eaux surgira le phénix renaissant). Un peu de sang commence à perler sur les cîmes; un vol d'oiseaux déchire la brume; leurs cris perdurent encore cì-bas, tandis que  -  le ciel  -  le ciel sur la Chine


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Tristan

Triste Tristan, qui "exalte la passion de l'amour". On l'imagine dans la forêt de Morrois, après avoir perdu Isolde: "Quand je regarde alentour, je ne vois rien d'autre qu'un grand vide sauvage; le monde n'est que désert, rocaille et mer déchaînée. Cette désolation m'angoisse; de plus, je crains d'être dévoré par les bêtes sauvages - et le jour baisse; le soir arrive. Si je ne fuis pas, il me faudra passer la nuit dans cette forêt, et je serai perdu".

d'après Gottfried von Strassburg, Tristan, v.2500-2510


Olvo

Dans la forêt ce dimanche, j'ai trouvé l'oeuf primordial Olvo. L'oeuf Olvo contient le grand océan blanc, au milieu duquel flotte l'île-monde: les monts célestes qui touchent aux nuages, la prairie échevelée où paissent les troupeaux, qui commandent aux saisons. 
 Quand je m'en suis approchée, l'oeuf Olvo a roulé du tas de paille où il était juché et s'est laissé glisser dans une flaque proche; il y couve encore.


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Dimanche dans la forêt de sang

Le dimanche est-il un jour comme les autres ? Si l'on considère qu'il est, en Occident du moins, le jour traditionnellement désigné du repos hebdomadaire, il prend un éclat particulier. Rien n'est sensé se produire ni être créé le dimanche; rien d'autre que la respiration du monde livré à lui-même. Pourtant, personne n'est dupe: tel qu'endormi, le monde génère des rêves. Ceux-ci peuvent être recueillis lors d'une promenande par exemple, comme en témoigne le "dimanche dans la forêt de sang" (nota bene: les photos publiées ci-après ne font effet que le dimanche)

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Grotto

Le parking, s'il est souterrain, fait - pour certains aspects du moins - lieu commun avec la grotte. Celle-ci était (autrefois) habitée par les esprits - l'âme des morts, des bêtes, des nymphes - auxquels elle offrait naturellement le gîte; tout comme le fait aujourd'hui le parking souterrain, voué aux voitures. Aussi est-il traversé de frémissements "grottesques" que le passant - dès qu'il est n'est plus dans son véhicule - ne perçoit que trop bien, mais qu'il n'aime guère, et qu'il préfère oublier dès qu'il a quitté le parking.

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Des Alpes

Désalpe: Descente de l'alpage à la fin de l'estivage (Tribune de Lausanne, 1976).

En 1856, Thomas Cook organise un premier voyage en Suisse pour cinq Anglais amateurs de sublime. La reine Victoria elle-même jugeait l'air des Alpes excellent pour la santé; elle y goûta (incognito) en 1968, peu après la mort de son très cher époux, Albert. Elle voyait aussi d'un bon oeil l'organisation de "tours" charitables en Suisse pour travailleurs et mineurs Anglais; conséquemment, aubergistes et auberges helvétiques s'adaptèrent à cette ressource d'un genre nouveau. On créa des tea-room et des hôtels Regina, Bristol, Victoria. En 1850, César Ritz naquit en Valais. Sa mère crut en lui, et il lui poussa des ailes: il inventa l'hôtellerie de luxe. Néanmoins il mourut fou (dans sa baignoire, dit-on, à l'asile de Küssnacht) en 1918.

Alpes: du latin "albus" (blanc), ainsi que d'une racine indo-européenne signifiant probablement "montagne".


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Iridos

Iridos-la-diaprée, messagère au service de Héra, "court vite en décrivant une parabole dans l'espace" (Ovide): L'arc-en-ciel. Qui ainsi délivre de sa gangue matérielle le sens-songe (avec lequel on la confond parfois): iris, rive, aube, rosée.

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(Ce conte s'adresse à l'intelligence du lecteur qui met les choses en scène)

En ce temps souviens-toi
rien n'était réel
ni le jardin des vertiges
ni les fleuves de lave
qu'écumaient d'horribles créatures
ni les villes où l'on meurt
ou bien les fleurs
un soir d'extase,
rien,
si non Orphée,
cheminant. 

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haut/bas: Bon an, mal an, une révolution. Un printemps, un été, un automne, un hiver - et ça recommence: le choeur des feuilles et des fleurs, le vent salé dans les branches, le soleil qui éclipse toute nuance... 



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Ô Forêt 
(Victor Hugo)


Aujourd'hui, le ciel est gris comme du carton. Les arbres ne ressemblent pas à des arbres, mais à de vieilles fourches ou à des balais de sorcière. Il neige des cendres épaisses, et nous prions l'eau, qui ne nous entend pas. 

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VALLEE ROUGE
J'allais tranquillement par la vallée rouge: le jour finissait (depuis des millénaires) en brumes, en ombres au pied d'immenses sapins. L'air résonnait déjà du tocsin de la froidure. Des mousses et des fougères montait l'âcre parfum du léopard nocturne - dont les traces silencieuses perdurent jusqu'au petit matin -, suave messager de la forêt, qui parle.

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OTOMN

La route qui mène à Otomn est longue.  Chemin faisant j'ai croisé des marcheurs qui revenaient de la ville. Ils m'ont dit qu'on pouvait encore voir ses tours s'élever parmi les tiges d'une touffe d'herbe, au millieu du champ. Déjà, l'air se troublait de fumées; des oiseaux invisibles pépiaient dans les taillis. Je me suis couchée dans l'herbe, et j'ai vu Otomn. 


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L'arborescence biologique se développe en un réseau d'embranchements et de veinules taraudant la matière ambiante, qui pénètre l'organisme par ce même biais pour le nourrir.  

Ainsi, l'arbre, en forant l'air de ses branchages et la terre de ses racines, est mû par ce qui le constitue et constitue ce qui le meut

Mais en automne ses parties émergentes se dépouillent de leur feuillage et se dévoilent; soudain, ce sont des éventails de corail noir qui se déploient dans les champs, de près et de loin, formant des forêts qui retentissent de craquements et de tintements lorsque l'une ou l'autre dentelle se brise et s'effondre dans le brou vinaigré d'un étang, alors qu'aucun vent ne souffle. 

Mnemo

Les films nous l'ont appris: peu importe la séquenciation des images. Le récit est bâti comme une maison qu'habitent les Moires: la fileuse, l'implacable-qui-coupe-le-fil, celle-qui le-répartit. Smer, memor, memini ...

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Macabre

Macario, qui avait trop bu, cherchait un lit où dormir son saoûl. Il entra en titubant dans ce qu'il prit pour une auberge; mais c'était un cimetière. Il s'affala sur une tombe qu'il croyait être un lit. L'oreiller qu'il fourra sous sa tête n'en était pas un; c'était la tête d'un mort dont il se servit pour caler sa nuque. Un démon qui passait par là s'étonna du sang-froid de Macario. Il interpella le mort: "Eh ! Lève-toi et viens danser!" Le mort remua, mais Macario pesait sur lui de tout son poids: "Je ne peux pas bouger!", grommela le mort. Cela réveilla Macario qui lui dit: "Mais lève-toi donc!" Comprenant que Macario n'avait pas peur, le démon s'écria: "Tu m'as vaincu !" et s'enfuit.

d'après jacques de Voragine, La Légende dorée, Saint Macaire

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Ball

Le photographe shoote:
le poème, un enfant de la balle,
retrace l'événement 

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Salon (1981)

Enfant, nous allions au salon de l'auto dans le but de collecter la plus grande quantité possible d'autocollants et de brochures publicitaires. L'autocollant, c'était le trésor suprême: sa faculté de coller "par lui-même" lui conférait une aura de friandise high-tech. Ah! la douce résistance du papier glacé lorsqu'on le retirait de la surface encollée ! Notre butin allait ensuite à des enfants russes, roumains, polonais, tchèques, yougoslaves, bulgares ou allemands de l'est qui avaient donné leurs adresses aux hommes d'affaires se rendant de l'autre côté du rideau de fer, afin qu'on leur envoie des prospectus. Là bas, nos dépliants "automobiles" rendaient heureux et servaient de monnaie d'échange: on nous faisait parvenir en retour des mots de remerciements rédigés au crayon gris sur du mauvais papier, dans une écriture incompréhensible mêlée de mots d'anglais ou d'allemand. Nous déchiffrions ces messages avec des sentiments mélangés: Nous trouvions un peu étrange, tout de même, qu'on puisse autant se réjouir de recevoir des publicités.




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ARCHON

Le papillon
constitue le stade final d'un processus métamorphique en quatre temps
- oeuf, larve, chrysalide, imago -
lequel semble faire pendant naturel
à la notion de représentation;
ce n'est qu'à la condition
du battement des ailes
puis de leur immobilité parfaite
qu'est révélé le dessin
par la grâce de la symétrie - symétrie
qui engloutit au moment même de son déploiement
toute possibilité de remémoration
des processus impliqués.

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